Loi fin de vie : démocratie eugéniste et tyrannie de la majorité

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La loi fin de vie est toujours discutée à l’assemblée. Et c’est un problème. Présentée comme « un nouveau droit », auquel seuls les cathos intégristes seraient opposés, la parole des militant⋅es handi⋅es est silenciée.

Exposons le vers dans la pomme pourrie

Puisque leur première réaction, c’est de nous traiter de cathos intégristes, intéressons-nous au défenseur⋅euses de cette loi.

Portée par le député réactionnaire Olivier Falorni, on retrouve derrière la loi fin de vie l’ADMD1, un association sulfureuse dans la quelle se côtoient de charmants personnages comme Bruno Gaccio, Raphaël Enthoven, Jean Luc Mélenchon, Michel Onfray, ou même le pédocriminel Gabriel Matzneff. La dignité, c’est une valeur importante pour ces gens. Les mêmes gens qui vont utiliser la mort de Diana, ou afficher comme figure de prou une meurtrière en série, Christine Malèvre, qui a avoué avoir assassiné une trentaine de patient⋅es, dont plusieurs n’avaient rien demandé et n’étaient pas en fin de vie. Globalement, c’est les éléments de langage de cette association que l’ont va retrouver dans la bouche et les écrits de tous les soutiens de cette loi.

Ainsi, grâce à leur lobbyisme agressif et la démagogie d’Emmanuel Macron, une commission citoyenne sur la fin de vie a été créée, ouvrant la voie pour une nouvelle loi beaucoup plus permissive.

« Fin de Vie » pour ne pas dire suicide assisté et euthanasie.

Une nouvelle loi, car une autre loi existe déjà pour mettre un terme aux souffrances impossibles à soulager, la loi Claeys-Leonetti. C’est d’ailleurs ce que rappelle et déplore la commission citoyenne sur la fin de vie qui s’est retrouvée fortement divisée.

Malgré tout, il semble essentiel pour une majorité de personnes valides et non-concerné⋅es de créer une différence de traitement entre les personnes « normales » et les personnes handicapé⋅es. La loi fin de vie crée un nouveau délit : l’entrave au suicide des personnes handicapé⋅es. Là où jusqu’à présent, laisser quelqu’un se suicider est considéré comme de la non-assistance à personne en danger et l’incitation au suicide est un crime.

Pour les eugénistes, inciter au suicide d’une personne handicapé⋅e : bien, inciter au suicide des personnes « normales » : pas bien.

Gif du film "Le pari" : "Bien… Pas bien !"

C’est pourtant le point d’alerte de la convention citoyenne sur la fin de vie, des militant⋅es anti-validistes, et des études scientifiques : le désir de mort des personnes handi⋅es vient avant tout d’un manque d’information sur la loi Claeys-Leonetti, d’un accès aux soins palliatifs insuffisant, et d’une société eugéniste et ségrégative qui n’intègre pas les personnes handicapé⋅es.

LFI, le seul groupe à avoir voté CONTRE le renforcement de l’accès aux soins palliatifs

Ainsi, alors qu’en France, les soins palliatifs ne couvrent même pas 50% des besoins, et que seulement 1 tiers des malades y auraient accès en 2024, les études démontrent que la prise en charge de la souffrance et de l’isolement des personnes handicapé⋅es diminue leur demande de mourir. Et encore une fois, à part quelques très rares exceptions, pour les personnes réellement en fin de vie dont il n’y a plus moyen de soulager les souffrances, la loi Claeys-Leonetti, bien qu’imparfaite, serait suffisante si justement, il n’y avait pas ce déficit cruel d’accès aux unités palliatives.

Et la gauche le reconnaît. D’ailleurs LFI le reconnaît tellement que ses député⋅es ont voté CONTRE le renforcement de l’accès aux soins palliatifs, tellement selon elleux, cette loi est insuffisante ! Pourtant, dans ce contexte, ils votent quand même pour tuer les personnes handicapé⋅es, et ce, au mépris total de la voix et des alertes continues des personnes concerné⋅es qui ne veulent pas de cette loi.

Pas de décision sur nous sans nous

Parce que depuis tout à l’heure, vous vous dites en lisant «mais comment ça « les handi⋅es » ? mais cette loi concerne tout le monde, enfin !».

Et bien non.

Quand on en arrive à être dans une souffrance telle, qu’elle soit physique, psychologique, ou sociale, qu’on en vient à vouloir mourir, c’est qu’on est en situation d’handicap.

D’ailleurs, les pays où ce genre de loi a déjà été voté le démontrent. Ces lois ne permettent pas « un droit nouveau » comme aiment le répéter les promoteurs de l’ADMD (encore une fois, on a déjà la loi Claeys-Leonetti), ces lois amènent à ce qu’on dirige les personnes handicapé⋅es vers la mort facile plutôt que des soins coûteux pour la société et une inclusion dégoûtante pour les proches validistes qui nous considèrent comme un fardeau honteux à gérer.

Ainsi au Québec, Normand Meunier a été suicidé par ses médecins parce qu’il ne supportait plus ses escarres, escarres dues au fait que le personnel soignant l’avait tout simplement abandonné sur son lit. Encore au Canada, Heather Hancock s’est vue exigée d’accepter d’être eutanasiée par le personnel médicale car elle été « égoïste de vouloir encore vivre ». Et déjà en France, on relève plusieurs témoignages, comme celui de Kamil Guenatri, à qui on propose d’abord la mort avant les soins. Au début de la pandémie COVID, on a également découvert les protocoles de la honte, qui refusaient les soins au personnes handicapé⋅es ou en Hepads dont les vie étaient jugées indignes d’être vécue, contrairement à la vie de personnes valides. Il en va de même en Belgique où les praticiens tuent à tour de bras les personnes handicapé⋅es, mais refusent quand il s’agit de personnes valides qui sont simplement psychopathologisé⋅es « en dépression ». Encore une fois, l’idéologie principale de ces lois est de faire une distinction entre les personnes normales, qui seraient « juste » déprimées, et les handi⋅es dont les vies ne valent de toute façon pas la peine d’être vécue et dont il ne serait pas utile de traiter la dépression et les idées suicidaires2.

Voilà, ce sont elleux, ce sont nous, les personnes concerné⋅es par cette loi. Et c’est donc nous qui devrions être les seul⋅es à décider sur ce sujet.

Au lieu de ça, tous les partis de gauche, de LFI au PS en passant par EELV et le PCF nous méprisent et silencient notre parole. J’ai fait la démarche de contacter chaque député, je n’ai eu droit qu’à un copié/collé générique préparé par l’ADMD, envoyé par mail, comme unique réponse systématique.

Pire, vous continuez de prétendre que « tout le monde peut être potentiellement concerné⋅e« . Oui. Alors voilà ce que je vous propose : quand vous serez dans notre état, que vos proches vous auront rejeté⋅e, que vous aurez goûté à la maltraitance médicale (oui, tous les médecins, ça aussi c’est un sujet qui devraient être traité en priorité), à l’abandon des soins, que votre vie ne sera plus que souffrance sans aucun espoir et que vous comprendrez que tout cela est le résultat d’une société eugéniste qui orchestre la ségrégation des personnes handicapé⋅es en les maintenant dans l’isolement, la précarité et la douleur; là seulement, vous pourrez revenir parler, car c’est à ce moment que vous serez concerné⋅e.

Et je parle bien de vous. Pas d’un vous hypothétique, pas d’un vous « plus tard », pas de votre ami⋅e noir⋅e handi⋅e imaginaire, pas de votre mère ni de votre grand père, et encore moins de vos enfants possible peut-être plus tard on sait jamais3.

Car c’est malheureusement votre rhétorique favorite. Comme Sandrine Rousseau qui raconte la fin terrible de sa mère. Non, Sandrine Rousseau n’est quand même pas concerné⋅e.

La vie, les soins, l’intégration

Par contre, Sandrine Rousseau, tout comme vous, peut agir pour faciliter la fin de vie des personnes handi⋅es. Et même notre vie de tous les jours.

Il suffit de lutter contre la ségrégation. De prendre de la distance et faire preuve d’une réelle empathie.

On ne vous demande pas de vous imaginer, vous, dans un film dramatique dont vous seriez lae héro⋅ïne. On vous demande de comprendre, réellement, ce que nous vivons. De comprendre réellement que l’on souhaite participer à la société. On désire pouvoir sortir sans que ce soit un parcours du combattant. On désire faire nos activité quotidienne sans que ce soit un risque pour notre vie. On souhaite voir des ami⋅es sans systématiquement recevoir des remarques sur notre état et nos dispositifs médicaux. On désire pouvoir travailler ou être en couple sans que cela ne nous prive des aides financières nécessaires à notre état. On souhaite avoir accès aux lieux de soins sans être maltraité⋅es par des personnels soignants racistes, grossophobes, psychophobes et incompétents.

Est-ce vraiment trop difficile à imaginer, qu’une personne handicapé⋅es puisse être une personne avec les mêmes désirs que vous ? Ou ne pouvons-nous être que vos insultes (« hé infirme ! hé gogole ! hé taré⋅e ! hé l’attardé⋅e ! hé demeuré⋅e ! Hé dégénéré⋅e ! hé fol⋅le du bus !« )

Comment pouvez vous penser que le choix de mourir puisse être éclairé et libre de toute contrainte dans une société où le handicape représente au yeux de la majorité valide le summum de l’ignominie, même face au nazisme qui vient ?

Fin de vie ou Aktion T4

Car oui, alors que le pire du fascisme n’a jamais été aussi proche de reprendre le pouvoir, et que nous entrons à nouveau dans la saison du « vote mélenchon sinon tu es un agent du RN !!!« , alors que LFI reconnaît encore une fois que rien n’est fait pour les personnes handicapé⋅es, voter cette loi fin de vie est un cadeau inespéré pour préparer le retour de l’Aktion T4. Vous trouvez que j’exagère ? Je trouve que vous jouez un jeu dangereux.

Pour allez plus loin, je vous suggère déjà de remplacer vos insultes validistes par des insultes non stigmatisantes (tout ce qui est à base de caca, d’urine, ou d’idéologie fasciste fonctionne très bien). Je vous recommande ensuite de suivre le collectif jusqu’au bout solidaire. Vous pouvez aussi soutenir le Front de Gauche Antivalidiste, fondé entre autre par les excellentes militantes Odile Maurin et Élisa Rojas, qui vient d’ailleurs de sortir son dernier livre sur la loi fin de vie : Pour mourir, tapez 1.

Enfin, et pour finir, je vous laisse avec Better Off Dead, film documentaire de Lyz Carr, militante anti-validiste confrontée au suicide assisté :

  1. ADMD, Association pour le Droit à Mourir « dans la Dignité » ↩︎
  2. Compilation d’article par la militante antivalidiste Souchina Lagouge sur la différentiation des traitement entre personnes valides et personnes handicapé⋅es : https://bsky.app/profile/sushinalagouje.bsky.social/post/3lq2ikln4cs2z ↩︎
  3. France Télévision diffuse le soir de la journée nationale de l’autisme, le 3 avril 2024, le film Tu ne tueras point, qui glorifie en héroïne et « mère courage » une femme qui a tué sa propre fille polyhandicapée : https://informations.handicap.fr/a-autiste-severe-tuee-par-sa-mere-film-poignant-sur-france-2-36415.php ↩︎

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